L’apport de Google Map Maker à la néogéographie

 

Googe Map Maker

 La semaine dernière est sortie la version française de Google Map Maker (GMM), l’outil simple d’utilisation qui permet aux internautes d’améliorer par eux-même Google Maps.

Dans le Monde de la néogéographie (comprenez ces cartes construites grâce au crowdsourcing, l’apport de données par de nombreux bénévoles), GMM est une petite révolution.

Gmaps est en effet l’outil géographique de référence auprès du grand-public, même si certains acteurs s’en sortent également très bien. Je pense notamment à Mappy et ViaMichelin en France ou Bing Maps et MapQuest aux US.

Résumé pour les flemmards : Google Map Maker est très simple d’utilisation mais décevant pour les power users. Les données collectées deviennent la propriété exclusive de Google mais ce service permet à des débutants de s’initier à la néogéographie et pourrait donc amener de nouveaux contributeurs au projet cartographique Libre OpenStreetMap.

Il n’empêche que Google Maps bénéficie d’une visibilité sans égale grâce à la position dominante de Google sur le search mais également aux efforts importants de la firme pour s’imposer sur ce segment. Pour s’en convaincre, il suffit de repenser à l’ensemble des services offerts par Google ces dernières années : Google Street View, Gmaps en 3D, MapsGL, Google Earth …

Google va-t-il parvenir à imposer son nouvel outil comme une référence aussi bien établie que Gmaps ? C’est ce que nous allons voir, en commençant avec un test grandeur nature.

Prise en main : la simplicité avant tout

Pour toute personne habituée à Google Maps tout le monde sauf ma grand-mère, la prise en main est vraiment simple. L’interface est tout bonnement un Google Maps auquel on aurait ajouté des boutons d’édition.
Le slider d’introduction nous informe des principales possibilités : ajouter un lieu / modifier un lieu / ajouter une route / évaluer les contributions des autres utilisateurs.

Les actions sont explicites, les possibilités de contribution limpides

Premier essai : tracer une ligne. Après sélection du type de ligne (route, chemin, rivière …) mon navigateur plante. Après quelques tests, je me rend compte que GMM plante uniquement avec le navigateur Google Chrome : un comble !

De retour sous Firefox, je trace ma première route. Nouvelle déception : je ne parviens pas à connecter ma nouvelle route avec une autre déjà existante. J’aurai aimé que les routes déjà tracées s’hilight pour signifier une connexion. Je me contente de poser la route à proximité et lui assigne des attributs : vitesse limitée à 30 km/h, revêtement en gravier, … la panoplie d’attributs est très complète.

Statut de la route créée dans google map maker

Après modération 24h plus tard, ma contribution est en ligne. Les deux routes sont bien connectées : est-ce un modérateur qui a connecté les deux routes ou un algo qui s’en est occupé ? Mystère …
Autre anomalie, ma première contribution n’est pas apparue dans « mes modifications » : cela doit être un bug ponctuel puisque lors de mes contributions suivantes, je n’ai plus rencontré ce problème (et un e-mail de confirmation du modérateur m’a été envoyé).

Après quelques temps passé à jouer sur le site, il faut admettre que tout cela est très bien pensé, notamment le processus de review des contributions des autres utilisateurs. Pourtant, je me sens rapidement limité.

De la déception du power user

S’il est simple d’ajouter des éléments, même non routiers : un tennis, une église … c’est seulement possible si l’élément est présent dans une liste prédéterminée (2000 éléments). Impossible par exemple de rajouter un presbytère, une piscine privée ou encore un passage piéton. Ce n’est pas prévu par le système et il n’est pas possible d’ajouter des tags personnalisés.

L'impossibilité d'ajouter une église Jedi est rédhibitoire

Le travail sur plusieurs éléments est également difficile. Il est possible de travailler une route composée de plusieurs lignes mais l’outil est mal pensé pour une sélection de nombreux éléments.

Il est également impossible de faire des batchs (traitements automatisés) : GMM est prévu pour des petites corrections, ce qui privilégie la longue traîne mais frustre un peu les power users qui en attendent d’avantage.

Si l’outil est adapté à ceux qui mappent leurs quartiers, il manque donc clairement de flexibilité pour les cartographes plus aguerris qui se heurtront vite aux limites de GMM.

All your data are belong to us

Le lancement a été relayé sur le Web avec grosso-modo, deux types d’accroches différentes. La première, factuelle : « Google Map Maker, la cartographie participative de Google, débarque en France. » La seconde évoque GMM comme « le Wikipédia des cartes ». C’est une comparaison plus vendeuse, très imagée mais qui me gêne beaucoup.

Il est plus facile de décrire un projet de crowdsourcing en le comparant à Wikipédia, qui est connu de tout le monde. Néanmoins le but du projet Wikimédia est le partage de la connaissance ; comprendre le partage « libre », avec possibilité de réutilisation, garanti par la licence CC-BY-SA. La gratuité étant ici la conséquence du libre partage et non pas son but. Améliorez Google Maps en partageant vos expériences...Au contraire, les données contribuées sur Google Map Maker appartiennent de fait à Google, même si elles sont gratuites pour une utilisation grand-public non-commerciale.

Extrait des conditions d’utilisation : « En soumettant des contenus au Service, vous accordez à Google une licence perpétuelle, irrévocable, mondiale, libre de droits et non exclusive autorisant la reproduction, l’adaptation, la modification, la traduction, la publication, la présentation publique, l’affichage public, la distribution de votre Contenu et la création de travaux dérivés. »

On est plutôt loin de l’esprit de partage promu par Wikipédia.

Si un projet de cartographie collaborative peut être désigné comme le « Wikipédia des cartes », c’est bien OpenStreetMap. Cette base de donnée cartographique permet de garantir la philosophie de partage véhiculée par la Culture Libre : tout comme Wikipédia, sa licence est CC-BY-SA (bientôt ODbL).
OpenStreetMap a bien d’autres points communs avec Wikipédia : c’est un projet communautaire, géré par une fondation à but non lucratif. La plupart de ses outils sont des Logiciels Libres. L’ensemble des données est directement téléchargeable, ce qui permet d’éviter les risques d’une trop grande centralisation. Enfin, les possibilités de personnalisation et de réappropriation sont exceptionnelles.

Tout comme Wikipédia, il suffit simplement de cliquer sur « Modifier » en haut de la page d’accueil d’OpenStreetMap et de soumettre ses données sans modération à priori.

Produit d’appel ou concurrent d’OpenStreetMap ?

Il est indéniable que la facilité de prise en main de GMM va initier des internautes à la néogéographie, une frange de la population qui ne se serait jamais intéressé au sujet et qui va mapper son quartier.

Il reste la principale différence avec OpenStreetMap : la propriété des données. Pourquoi cartographier le Monde si c’est pour que Google restreigne l’usage des données que vous avez vous-même contribué ? De ce point du vue, OpenStreetMap a encore un bel avenir devant lui.  Mais pour le contributeur lambda, qui n’a pas d’idée de ce qu’est une licence, Map Maker sera-t-il la killer application ?

Je ne trancherai pas les choses aussi définitivement. Les deux projets ont beaucoup à échanger. Comme le rappelait récemment Frederik Ramm aux contributeurs OpenStreetMap, Google n’est pas notre ennemi.

En ouvrant encore un peu plus au grand-public les outils de cartographie collaborative, Google pourrait bien même servir OpenStreetMap indirectement. Étant donné la notoriété et le succès croissant d’OpenStreetMap, adopté par de plus en plus d’acteurs majeurs, les mappeurs qui désirent en faire plus après une initiation sur GMM pourraient bien se tourner vers OpenStreetMap en second ressort.

OpenStreetMap (à gauche) - Google Maps (à droite). Détail du centre-ville de Toulouse.

Map Maker sera-t-il un succès ou subira-t-il le même sort que Knol, le Wikipédia de Google ?  À vous de me le dire.

Pour le moment, le service a l’air plutôt bien parti. Vous pouvez vous en rendre compte en visualisant en live les contributions de Google Map Maker dans le Monde : http://www.google.com/mapmaker/pulse

4 réflexions sur “ L’apport de Google Map Maker à la néogéographie ”

  1. Salut,

    Tu dis : « Au contraire, les données contribuées sur Google Map Maker appartiennent de fait à Google, même si elles sont gratuites pour une utilisation grand-public non-commerciale. »

    Ce n’est pas les données qui sont gratuites, d’ailleurs elles ne sont même pas accessibles !
    C’est l’accès aux cartes, sous conditions, qui est gratuit.

    En pragmatique, ça donne :
    – impossible et interdit de mettre les données dans son GPS
    – Interdit de réaliser et utiliser une copie des cartes dans un logiciel de son cru, dans une copie pour utilisation interne
    – impossible de faire des statistiques
    – impossible d’exploiter une partie de la base

    Dans certains rares cas (copie offline), c’est possible, mais uniquement avec des applications google, uniquement si google le veut et sans garantie de pérennité.

    En effet, on est très très loin du concept de wikipedia

    1. Tout à fait Sly, ce n’est QUE l’accès de la carte qui est autorisé, sous conditions. J’aurai dû le formuler comme ça.

  2. Salut Flo,

    Juste un petit mot pour te féliciter pour cet article. Ca faisait un petit bout de temps que je n’étais pas passé sur NLG et c’est très sympa ce que vous faites !
    Le pire c’est que vous développez notre esprit critique (ce qui est le but, je pense au vu du ton utilitsé), donc chapeau !

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