L’interview qui t’en met plein la view #1 Sophie Gironi

Nous les geeks, si on est présent sur 36 réseaux sociaux et que l’on organise des Twittapéro et autres meet-ups c’est pour une bonne raison : on aime plus que tout échanger, socialiser et surtout apprendre de l’expérience d’autrui. Pour cette raison je vous propose une série d’interviews de personnes qui sont, comme nous, de véritables web addict.

Aujourd’hui, j’ai bien envie de vous présenter Sophie Gironi, un petit bout de femme (enfin pas si petit que ça) qui en veux ! Trêve de blabla, je vous laisse lire Sophie :

 

NLG : Bonjour, peux-tu nous décrire ton parcours rapidement ?

SG : Je vais essayer de faire court, mais c’est pas gagné 🙂

J’ai quitté Nice pour Paris à 21 ans avec un Bac+0 en poche et une série de p’tits boulots pas très glorieux à mon actif, bien décidée à trouver un vrai job à la Capitale. Et ce fut le cas. J’ai eu la chance de décrocher des missions d’intérim au sein d’entreprises de ce qu’on appelait alors les « NTIC ». Nous étions en 1996. Pendant 3 ans, j’ai enchaîné les missions : Sun Microsystems, Bouygues Télécom, Matra Nortel puis Webexpert et enfin Easynet, que j’ai quitté en 1999, lorsque je suis revenue m’installer sur la Côte d’Azur.

A mon retour, j’ai plongé dans l’aventure Respublica.fr, start up rachetée quelques mois plus tard par Liberty Surf. A l’explosion de la bulle, après avoir tenté 2-3 aventures moins heureuses, j’ai mis un bébé en route.

J’ai ensuite cherché et trouvé un emploi plus ‘calme’, dans un grand groupe international, fabricants de semi-conducteurs. J’ai profité de ce calme relatif pour reprendre mes études en parallèle et j’ai obtenu en 2005, un Bac+4 en Stratégie et Management d’Entreprise au Skema Sophia-Antipolis (ex Ceram) qui m’a permis de me relancer sur le marché du travail.

Après avoir occupé pendant un an un poste de Directrice de Clientèle au sein d’une agence de communication web parisienne, je me suis vue confier début 2007 la création et la direction du pôle marketing d’une web agency niçoise, que j’ai quittée en 2009 pour me lancer en freelance, avec un statut d’auto-entrepreneur.

Après cette année qui m’a permis de me tester, je me lance dans le grand bain et suis en pleine création d’une société de conseil en stratégie et marketing web, en SARL.

NLG : Comment vois-tu l’évolution des métiers du web (et notamment du webmarketing) dans les 5 années à venir ? Et plus loin ?

SG : Je n’arrête pas de dire que le webmarketing n’existe pas. Pour moi, c’est une discipline du marketing, et je pense qu’à terme, le web représentera une part non négligeable dans son enseignement, qui comprend déjà de nombreuses spécialités.

Et oui, bien sûr, il y aura toujours des spécialités liées au web, parce qu’au niveau de l’exécution, on doit faire appel à des spécialistes, des développeurs, des graphistes, des intégrateurs, des traffic managers, des media planneurs… Mais je veux croire qu’au niveau ‘stratégique’, le web sera traité de la  même manière que les autres spécialités, par des responsables marketing ayant une vision globale.

Il s’agit d’une simple ré-attribution des rôles, de la même manière que les directions marketing ont dû « apprendre » à gérer la communication télé, il leur faut maintenant intégrer la problématique web. Ce qui sera bien entendu un peu plus long et compliqué, le web étant un peu plus qu’un simple canal de communication 🙂

NLG : Et si tu nous parlais de ta relation au web ? Ça s’est imposé à toi naturellement coté pro ?

SG : J’ai eu mon premier ordinateur à l’âge de 8 ans et j’ai accroché tout de suite. J’ai découvert Netscape et les emails en 1996 puis ICQ (un client de messagerie instantanée), en 1997. J’ai tout de suite senti l’énorme potentiel de ce truc encore bancal. Sûrement parce que la technologie n’était pas un problème, je savais utiliser un ordinateur depuis de nombreuses années et c’était mon principal outil de travail.

Alors oui, clairement, ça s’est imposé à moi naturellement. Et avec le recul, je me rends compte avoir cherché des postes dans des entreprises innovantes pour justement pouvoir exploiter ces nouvelles technologies qui me passionnaient à titre personnel.

NLG : Y’a-t-il eu des rencontres qui ont fait que … ?

SG : Des rencontres… Il y en a tant ! Mon mari, rencontré en 1998 sur le net, qui est sys-admin et encore plus geek que moi. Si j’avais rencontré un banquier ou un plombier, je n’aurais peut-être pas eu l’occasion de tester, tripatouiller, découvrir 🙂

Sur un plan professionnel, j’ai fait de très belles rencontres à l’époque de la première bulle, des entrepreneurs jeunes, passionnés et doté d’un vrai génie.

Plus récemment, j’ai découvert tout un univers d’entrepreneurs et de passionnés du web, qui se retrouvent à l’occasion d’évènements tels que l’Open Coffee Club, le Barcamp Sophia, ou l’afterwork niçois Nice Drink. Je suis d’ailleurs devenue co-organisatrice de ce dernier, qui réunit tous les 3 mois près de 100 personnes de manière informelle autour d’un seul point commun : la passion du web.

C’est clairement grâce à ces rencontres que j’ai osé me lancer et que j’entreprends aujourd’hui.

NLG : Comment définirais-tu ton boulot ? Est-ce que tu peux nous décrire une « journée type » ?

SG : Une journée type ? Ca n’existe pas dans la vie d’un entrepreneur 🙂

Plus sérieusement, je me colle généralement à mon ordinateur avant de prendre la douche, avec une tasse de café dans une main et mon téléphone dans l’autre. Je lis mes mails, jette un œil à Twitter, Facebook et ma to-do list avant de me préparer.

Ensuite, c’est variable. Je travaille généralement depuis chez moi, parfois chez mes clients ou à la fac de Nice, où j’enseigne le e-marketing à différentes promos. Je fais également des aller-retours réguliers entre Nice et Paris, ou se trouve une partie de mes clients (sans parler des salons et autres évènements d’envergure auxquels je me rends).

J’interviens sur des problématiques très diverses, au sein d’entreprises de taille variable, mais si je devais définir mon boulot, je dirais que je fais de l’accompagnement et du conseil, auprès d’entreprises qui n’ont pas (encore) apprivoisé le web.

En terme d’organisation, je suis une adepte de la mobilité. Blackberry, applications ‘web based’, je fais en sorte de pouvoir travailler depuis n’importe quel terminal, n’importe où dans le monde… sous condition d’avoir accès au web 🙂

NLG : Tu es forcément présente sur des réseaux sociaux… Est-ce qu’il y en a un moins connu que les autres que tu vois bien pointer le bout de son nez dans les mois à venir ?

SG : Je m’inscris par principe à tous les services que je vois apparaître sur la toile, pour les tester. Clairement, ça foisonne de bonnes idées, mais quand je vois les moyens déployés par Facebook et Google, je n’imagine pas une nouvelle idée réussir à grandir. A moins d’être rachetée par l’un des deux géants 🙂

NLG : Penses-tu que Twitter suivra la même pente que Facebook, à savoir se démocratiser tant et si bien qu’il en perdrait son essence (Facebook étant devenu pour beaucoup  un endroit où faire joujou en attendant que le temps passe et réaliser deux-trois tests pour découvrir où se cache le prince charmant) ?

SG : Je ne suis pas d’accord avec ta définition de Facebook. Facebook devient ce que l’on en ‘fait’, et clairement, l’arrivée d’internautes moins aguerris a permis l’apparition de ces applications pas forcément super utiles. Mais elles se sont cantonnées aux profils de ceux qui les utilisent et les partagent, et je n’ai pas l’impression que Facebook ait perdu son essence pour ceux qui l’utilise à des fins professionnelles (opinion partagée par Nous Les Geeks).

Les internautes gagnent en maturité, et il y a vraiment une tendance à la maîtrise de son image, à l’exploitation des réseaux sociaux à des fins professionnelles. Je le vois parmi mes étudiants, qui en prennent conscience peu à peu et dont les photos de profil deviennent plus sages, le discours plus sérieux, une fois en pleine recherche d’emploi…

En ce qui concerne Twitter, je doute qu’il se démocratise à ce point un jour, mais les passerelles entre tous ces réseaux sont tellement nombreuses qu’il m’arrive d’imaginer qu’il sera intégré à un autre service, ou détourné de son usage initial, et que tout le monde l’utilisera sans vraiment en avoir conscience.

NLG : Le réseautage social, d’après toi, est-il vraiment indispensable pour une entreprise ? Pour toutes les entreprises ?

SG : Oui. Non. Peut-être.

En fait, il n’y a pas de réponse à cette question, parce que chaque entreprise est différente, et que la prise de parole sur les réseaux sociaux peut se faire de milliers de façons.

Pour moi, il est nécessaire pour un entrepreneur, pour les cadres sup, pour les commerciaux, d’être présents sur les réseaux où se trouvent leurs concurrents, leurs clients, leurs partenaires. Mais il ne s’agit pas de community management, il s’agit pour ceux qui ‘représentent’ une entreprise d’être capables d’investir les réseaux sociaux et de les exploiter.

Un prospect m’a récemment demandé si je pouvais mettre en place une stratégie ‘sociale’ pour promouvoir son activité (sur un secteur BtoB très spécialisé), a ajoutant qu’il « ne s’intéressait pas à ces choses là, lui ». S’il ne voit pas lui-même l’intérêt de tisser des liens avec les acteurs de son secteur via le web, il ne lui sera pas possible d’en confier la tâche à quiconque.

Qu’elle soit grosse ou petite, une entreprise doit être en accord avec les valeurs d’authenticité, de transparence, d’immédiateté, et
d’échange pour qu’une présence sur les réseaux sociaux soit utile et fructueuse. Il faut être capable de lâcher la bride, accepter de ne plus tout contrôler, aussi, et ça, c’est un concept difficile à faire passer.

NLG : La psychose autour du manque de confidentialité (Google, Facebook,…) et de l’insécurité coté vie privée, ça te fait quoi ? Des conseils en terme de « e-reputation » ?

SG : Un seul. Que je rabâche à mes étudiants : « Ne publiez jamais, même en privé, d’éléments susceptibles de nuire à votre image ou à l’image de quiconque, aujourd’hui ou dans l’avenir ».

Je suis adepte du « tout visible ». Mes photos de famille sont en ligne sur un espace réservé à cet usage, je gère mes relations sur Linkedin, Viadéo, je communique au travers de mon blog et de mon compte Twitter, j’entretiens des relations amicales et professionnelles sur Facebook.

En tout état de cause, il n’y a pas de juste milieu. Dès qu’on utilise un tant soit peu le web, on se retrouve confronté à ces problématique de vie privée. La seule maîtrise passe donc par la nature de ce qu’on y publie.

NLG  : Sortons un peu des sentiers battus : qu’est-ce qui, dans l’actualité web, t’as marqué récemment ?

SG : Android qui a dépassé la part de marché de l’iPhone aux États-Unis il y a quelques semaines.

On a longtemps critiqué le monopole Microsoft mais on ne voit pas la partie immergée de l’iceberg « Google ». Smartphone, navigateur, bientôt système d’exploitation, c’est déjà énorme coté grand public, sans parler de tout ce qui se joue du coté de la publicité en ligne, de l’analyse comportementale, du tracking, de la géolocalisation.

On a beaucoup parlé récemment des « bides » de Google (notamment à l’occasion de l’arrêt de Wave), mais on ne dit pas assez que leurs succès sont des succès colossaux, et qu’ils ont façonné et façonnent encore le web d’aujourd’hui et de demain.

NLG : Question subsidiaire : de Google ou d’Apple, de qui aura-t-on le plus parler en 2010 (et sur qui aura-t-on le plus à polémiquer) ?

SG : Apple. Parce que ma belle-mère ne m’a encore jamais parlé de Google, et que c’est clairement le meilleur baromètre qui soit pour moi quand il s’agit de mesurer des tendances « grand public ».

 

Merci à Sophie pour ces réponses !

 

 

 

Plus d’info sur l’interviewé ?

Sophie Gironi est avant tout une mordue du web, comme son blog en témoigne. Après 10 années de vadrouille dans le monde du web, elle a lancé sa propre agence conseil dans le sud de la France. Pas avides de conseils, elle enseigne aussi aux web-addicts en devenir le webmarketing à l’université de Nice.

 

5 réflexions sur « L’interview qui t’en met plein la view #1 Sophie Gironi »

    1. Merci !

      Des interviews j’en ai quelques unes en stock (certaines déjà publiées sur mon ancien blog, d’autres toutes neuves) mais on va les distiller au fur et à mesure !

  1. Sur le web, on y croise beaucoup de personnes et certaines retiennent l’attention. C’ets le cas de Sophie par sa vision du Web et de l’entreprenariat.

    Bravo à Vous les geeks et continuez

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