1Go égale combien de Mo et pourquoi ce n’est pas si simple qu’on le croit ?

1 Go égale 1 000 Mo en base 10, ou 1 024 Mo en base 2. Cette réponse tient en une ligne, mais le problème commence dès qu’on regarde où et par qui chaque convention est appliquée. La confusion entre ces deux valeurs n’a rien d’anecdotique : elle affecte la capacité réelle affichée par un disque, le volume de data facturé par un opérateur, et la manière dont un système de fichiers rapporte l’espace disponible.

Base 2 contre base 10 : d’où vient l’écart entre 1 000 et 1 024 Mo

Les ordinateurs travaillent en binaire. Chaque unité de mémoire double à chaque rang : 2, 4, 8, 16, et ainsi de suite. La puissance de 2 la plus proche de 1 000 est 1 024 (soit 2 puissance 10). Pendant des décennies, l’industrie informatique a utilisé le préfixe « kilo » pour désigner 1 024 octets, « méga » pour 1 024 x 1 024 octets, et « giga » pour 1 024 x 1 024 x 1 024 octets.

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Le système international, lui, attribue au préfixe « giga » une valeur stricte de 10 puissance 9, soit un milliard. Un gigaoctet en base 10 vaut donc exactement 1 000 000 000 octets. Un gigaoctet en base 2 vaut 1 073 741 824 octets. L’écart entre les deux dépasse 7 %.

Cet écart augmente avec l’ordre de grandeur. Au niveau du téraoctet, la différence entre base 2 et base 10 représente plusieurs dizaines de gigaoctets. Sur un disque annoncé à un téraoctet par le fabricant (base 10), l’OS affichant en base 2 montre une capacité nettement inférieure.

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Norme CEI de 1998 : kibi, mébi, gibi et leur adoption réelle

Cahier avec notes manuscrites sur la différence entre gigaoctets et mégaoctets posé à côté d'un smartphone

La Commission électrotechnique internationale a normalisé en 1998 des préfixes binaires dédiés : kibi (KiB), mébi (MiB), gibi (GiB). L’objectif était limpide : réserver « kilo », « méga », « giga » aux puissances de 10, et créer des termes spécifiques pour les puissances de 2. Un gibioctet (GiB) vaut 1 024 mébioctets (MiB), sans ambiguïté possible.

Plus de vingt-cinq ans après cette normalisation, le constat est sévère. Les interfaces grand public continuent à afficher « Go » et « Mo » sans préciser la base utilisée. Linux utilise les préfixes binaires dans plusieurs outils système, mais la plupart des distributions gardent « Go » dans leurs gestionnaires de fichiers graphiques. macOS est passé à la base 10 pour l’affichage des capacités de stockage. Windows affiche en base 2 tout en écrivant « Go ».

Nous observons donc trois comportements différents selon l’OS, pour un même disque physique. Cette incohérence alimente directement la confusion des utilisateurs qui comparent des valeurs exprimées dans des bases distinctes sans le savoir.

Opérateurs télécoms et forfaits data : 1 Go en base 10, toujours

Les opérateurs mobiles utilisent quasi systématiquement la définition décimale. Un forfait annoncé à 1 Go correspond à 1 000 Mo, soit 1 000 000 000 octets. La facturation au-delà du forfait suit la même logique : la surfacturation s’exprime en euros par Mo décimal.

Ce choix n’est pas anodin. En adoptant la base 10, les opérateurs alignent leur terminologie sur celle des fabricants de stockage et du système international. Un utilisateur qui consomme des données en streaming ou en navigation voit ses compteurs défiler selon cette convention.

  • Un « forfait 5 Go » offre exactement 5 000 Mo en base 10, pas 5 120 Mo en base 2
  • La consommation data affichée sur le smartphone reprend la même convention décimale
  • Les alertes de dépassement et la surfacturation reposent sur le Mo décimal (un million d’octets)

Confondre les deux bases dans ce contexte revient à surestimer son enveloppe data de plusieurs pourcents. Sur un gros forfait, l’écart peut représenter l’équivalent de plusieurs heures de streaming audio.

Pourquoi la conversion Go vers Mo piège encore les utilisateurs

Technicien informatique consultant les tailles de fichiers en gigaoctets et mégaoctets sur un écran d'ordinateur

Le vrai piège ne vient pas de l’arithmétique. Multiplier par 1 000 ou par 1 024, tout le monde sait le faire. Le problème est de savoir quelle base appliquer dans un contexte donné, alors que personne ne l’affiche clairement.

Un exemple concret : vous achetez une clé USB étiquetée 32 Go. Le fabricant utilise la base 10 (32 000 000 000 octets). Votre gestionnaire de fichiers Windows affiche la capacité en base 2 : environ 29,8 Go. Vous pensez avoir perdu de l’espace. En réalité, tous les octets sont bien là, mais la valeur affichée utilise une convention différente de celle de l’étiquette.

Autre cas fréquent : la RAM. Les barrettes mémoire sont fabriquées en puissances de 2 (leur architecture physique l’impose). Une barrette de 8 Go de RAM contient bien 8 x 1 024 x 1 024 x 1 024 octets. La RAM est le seul composant où la base 2 est universellement légitime, parce qu’elle reflète l’organisation matérielle réelle.

Le cas du stockage SSD et des partitions système

Les SSD ajoutent une couche de complexité. Une partie de la capacité brute est réservée à l’over-provisioning (gestion de l’usure des cellules NAND). Cette réserve, invisible pour l’utilisateur, réduit encore la capacité affichée par rapport à l’étiquette commerciale. L’écart perçu cumule donc la différence base 2/base 10 et la réserve constructeur.

Tableau de conversion Go, Mo, Ko : base 2 et base 10

Unité Base 10 (SI) Base 2 (CEI)
1 Go en Mo 1 000 Mo 1 024 MiB
1 Go en Ko 1 000 000 Ko 1 048 576 KiB
1 Go en octets 1 000 000 000 1 073 741 824
1 Mo en Ko 1 000 Ko 1 024 KiB

Ce tableau résume les deux conventions. Vérifier si le contexte utilise la base 2 ou la base 10 avant toute conversion est la seule précaution qui évite les erreurs.

La distinction entre Go et GiB, entre Mo et MiB, reste mal connue en dehors des cercles techniques. Tant que les systèmes d’exploitation, les fabricants de stockage et les opérateurs télécoms n’adopteront pas un affichage uniforme, la question « 1 Go égale combien de Mo » continuera d’avoir deux réponses valides selon le contexte. Le réflexe à acquérir : identifier qui parle et dans quelle base, avant de sortir la calculatrice.

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