[Article Invité d’Anouck Talban] : Twitter, une structure sociétale idéale ?

« Suivez vos passions ». Bien que discrète, l’accroche de Twitter (oui, oui je vous assure que c’est l’accroche de Twitter sur la version Web !) évoque, l’air de rien, la fonction première du site, à savoir la diffusion par les internautes d’une sélection d’informations. Si cette alternative aux médias traditionnels avait déjà été pressentie avec l’apparition des blogs, elle a véritablement été incarnée par Twitter. En étant capable de réunir une quantité d’informations largement supérieure à celle des blogs, qui sont eux limités à la production d’un individu (ou au mieux d’un petit groupe d’individu), Twitter représente désormais un média alternatif ; les blogs ne sont plus qu’un élément de l’information (non moins indispensables, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Non mais ;). Seulement, si Twitter est un véritable bouleversement, il semble surtout incarner l’idée, issue des Sciences Sociales, selon laquelle Internet est capable de transformer nos sociétés ! Twitter, annoncé comme un nouveau média, n’est-il pas davantage ? Twitter, ne pourrait-il pas plutôt constituer une structure sociétale idéale ? 🙂

La portée prophétique de l’Internet

ymca blaspheme propheteSi Twitter n’est pas à l’origine de la mise en relation des individus sur la toile, son fonctionnement n’est pas sans rappeler celui imaginé dans les années 1980 lorsque l’on pensait le Web. En effet, à cette époque, l’avènement des technologies de l’information et de la communication a fait naître de nombreuses interrogations, notamment chez les politiciens. Tandis que certains d’entre eux croyaient qu’ils pourraient faire évoluer le lien citoyens-Etat, d’autres le concevaient comme l’outil parfait pour une meilleure gestion étatique. Le micro-ordinateur a, ensuite, fait son apparition et modifié le pouvoir alloué à ce nouveau phénomène de communication : le concept de « village planétaire » des années 1960 devenait une perspective plausible. Grâce à cette façon universelle et transparente de communiquer, le rêve d’une cité idéale où règnerait une entente parfaite entre tous les humains prenait tout son sens aux yeux des intellectuels (comme Pierre Levy).

Des communautés libres de s’autogérer

communautés libresEn peu de temps, cette idée s’est répandue dans les esprits, si bien que l’on a évoqué une probable révolution sociale et technologique. Avec Twitter, cette position utopique paraît à nouveau accessible. L’instantanéité des interactions, la malléabilité des contenus transmissible, la propagation facile et libre de l’un d’eux sont autant de qualités que l’on retrouve sur la plateforme et qui peuvent, il est vrai, laisser penser que la création d’une communauté soumise à la seule gestion des hommes -sous-entendue une communauté qui n’ait pas recours à des instances supérieures qu’elles soient politiques et/ou économiques- n’est pas si absurde.

Un média personnalisable ou l’expérience de la liberté

Jean luc nancy l'expérience de la libertéEn effet, en donnant le choix à chaque utilisateur de suivre, ou non, les actualités d’un autre et en permettant à chacun de soumettre à qui le veut des statuts périodiques appelés « tweet », le service de microblogging donne l’occasion à tous les internautes de se construire un média à la demande. Les échanges et la diffusion de l’information dépendent du bon vouloir de chacun, et non plus de celui de grands groupes de média qui tiennent les rênes des outils de communication traditionnels. En cela, cette plateforme diffère des autres de même catégorie, comme Facebook, qui imposent généralement à ses usagers un cadre donné dans lequel celui-ci peut évoluer. Twitter, lui, n’a pas de cadre ; chaque compte est libre et soumis à une gestion très personnelle. Chaque twittos évolue, finalement, dans une liberté presque totale. Or, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les débordements, les abus de ce fonctionnement sont rares. Tout habitué de Twitter saura vous dire que le respect et la gentillesse sont de mises sur Twitter et ce, alors même que ce “règlement intérieur” n’apparaît nulle part. Chacun de nous fait un peu, sur Twitter, l’expérience de la liberté et de ses effets concluants…

Seule ombre au tableau, ou pas

tableau ombreTwitter est une entreprise… vous vous en rappelez ?  Si sa marchandisation ne saute pas aux yeux lors de la navigation, il est certain qu’elle existe (on en veut pour preuve les revenus espérés par le groupe à la fin 2010, à hauteur de 140 millions de dollars, et la massification du commerce électronique qui appelle le Web à entrer dans le système capitaliste). C’est ainsi que l’utopie fondée sur Internet paraît perdre un peu de son fondement… un peu oui, mais pas totalement ! Si la cyberdémocratie relève certainement du domaine du rêve, l’espoir d’un monde meilleur, dans lequel les individus ont un véritable pouvoir de décision, reste encore imaginable.

Les nouvelles technologie facilitent et encouragent les échanges ; pourquoi ne pas s’en servir pour faire voter certaines décisions par exemple, voire le président lui-même ? Ridicule, vous dites ? Autant que le Printemps arabe dans ce cas …

N’hésitez pas à me retrouver sur Twitter : @Doudouck

Pour info : Mon CV 

3 réflexions sur « [Article Invité d’Anouck Talban] : Twitter, une structure sociétale idéale ? »

  1. Article intéressant Anouck 😉 Et je te rejoins sur beaucoup de points.
    Je pense que même si aujourd’hui, Twitter a été, et est primordiale dans l’évolution de la société, cet avènement n’aurait pas lieu d’être sans les médias sociaux qui l’entourent.
    Pour moi c’est un tout. C’est la convergence de ces différents médias qui a changé nos habitudes et le traitement de l’information.

  2. je suis un de ces gens qu’on appelle geek au sens le plus large de ce mot, parce que geek enfin bref, je suis connecté smartphone androïde, appli dans tous les sens, twitter ci, facebook là etc… mais pour le vote je suis de la vieille école… j’aime aller au bureau de poste prendre un petit papier, le mettre dans l’enveloppe, et le placer dans l’urne transparente et le soir on compte les bouts de papier… C’est un exercice qui est bcp plus accessible à tous alors que l’électronisation complète de ce processus présente des risques énormes et si moi président de la boite qui fournit les logiciels qui gèrent l’élection électronique je veux que Marine le Pen arrive au pouvoir, qu’est ce qui vous garantit que je ne vais pas faire travailler deux hackers pour trafiquer les résultats…

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