L’interview qui t’en met plein la view #9 : Fondateurs de Isokron

Petite rencontre lors d’un pot avec Michaël JAVAULT et Arnaud CAVAILHEZ qui présenteront leur boite, Isokron et leur appli : Locomote.
Nous parlerons également d’Open-data, de crowdsourcing, et des problématiques liées au monde du transport : business-model, applis mobiles, géomatique …

 

NLG : Bonjour ! Pour commencer, présentez-vous : Qui êtes-vous ? Qu’avez-vous fait ? Comment en êtes-vous arrivés là ?

ARNAUD : Je suis sorti de l’école il y a peu de temps, deux ans. J’avais fait Polytechnique puis Télécom Paris.
MICHAËL : Moi j’ai fait une école d’ingénieurs qui s’appelle l’EFREI, dans le Sud-Est de Paris, je suis sorti il y a 5 ans, et ces 5 dernières années j’ai bossé chez Ernst and Young, dans la partie sécurité informatique.
On a monté Isokron en début d’année, depuis janvier (2011) on est à plein temps sur le projet.

NLG : C’est un projet que vous aviez prévu depuis longtemps ?

ARNAUD : J’ai eu l’idée il y a vraiment longtemps, quand j’étais à l’école. J’ai commencé à m’intéresser à tout ce qu’il se rapproche du transport, à voir ce que je pouvais faire avec des cartes. C’était vraiment du bricolage, je voulais voir si c’était transposable sur le Web. J’ai commencé à faire évoluer le produit, des gens me demandaient des fonctionnalités, je l’ai fait évoluer petit à petit.
Je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen de créer un boite, ce que j’avais envie de faire depuis longtemps et Michaël aussi. On s’est lancé, on a regardé le modèle économique qu’on pouvait tirer de ça, ce qui a pris vraiment longtemps.

NLG : 18 mois, 24 mois ?

ARNAUD : plutôt 6 mois de réflexion intense et 6 autres mois plus « light », juste avant de monter la boite. À la fin on s’est rendu compte qu’il fallait partir sur autre chose que ce qu’on avait bâti sur des cartes OSM [OpenStreetMap NDLR] : on cherchait quelque chose de grand public.

Les geeks ont pas de problème pour comprendre [NDLR : Arnaud est en train de parler de l’outil Isokron, toujours en ligne à l’adresse http://old.isokron.com qui permet de visualiser rapidement où aller en 15 minutes à partir d’un point précis à Paris et à Rennes].

zones de déplacement à partir de chez soi

NLG : Le concept de base d’Isokron, quand vous en parliez auxnoobs, quelle était la réaction ?

ARNAUD : C’est un outil sympa mais sur lequel tu reviens pas forcément. C’est fun, on a eu de très bons retours, mais le grand public n’a pas accroché, c’était plutôt pour les early-adopters, pour les geeks.

On a cherché un truc plus simple sur les transports qu’on commençait à bien connaître : on est parti sur Locomote où l’on cherche à créer des usages nouveaux grâce aux technologies de calcul d’itinéraire.

NLG : On va peut-être parler des produits par la suite, pour revenir sur Isokron, la boite : quand a-t-elle été créée, d’où viennent les fonds ?

ARNAUD: On est en fonds propres et Isokron a été crée début avril. On se laisse un an pour tester ce qu’on peut faire dans le domaine du transport.

Logo Isokron

NLG : Un an, c’est la période que vous vous donnez pour avoir un business-model viable ?

ARNAUD : Tout à fait. Pour l’instant on regarde 2/3 modèles économiques qui sont assez sympa et qu’on creuse. Ils sont assez différents selon l’échelle choisie, on peut être assez proche des utilisateurs, comme pour les applications Facebook où seulement une minorité des utilisateurs payent. Donc on regarde ce qu’on peut faire auprès du grand public à Paris. Paris est LE lab [Laboratoire NDLR] idéal, avec un réseau de transport hyper dense et la 3G dans le métro.

Les utilisateurs se sont pas mal organisés, ils se sont fédérés sur Twitter pour remonter les incidents avant les autres : si tu suis les bons tweets, les bonnes personnes, en général tu as les infos un quart d’heure avant les alertes officielles de la RATP, du coup c’est hyper précieux.

NLG : Quels sont les hashtags à suivre ?

ARNAUD : Le hashtag #RATP ou #SNCF qui sont les hashtags « officiels » à suivre. Même s’ils n’émanent pas de la RATP, les gens l’utilisent beaucoup.

NLG : Il doit y avoir pas de « pollution » sur ces hashtags j’imagine ?

ARNAUD : Bizarrement pas tant que ça ! On pensait pas non plus mais ça s’est organisé. On a regardé à SF [San Francisco NDLR] où il y a pas mal de « pollution ». Mais à Paris les gens ont arrêtés de tweeter le fait qu’ils étaient dans le métro car ce n’est pas intéressant. Ils tweetent soit quand c’est marrant ou quand il y a un problème. Et puis on a mis en place des mécanismes pour ça soit un peu plus propre.

NLG : Ce sont des mécanismes automatiques ou manuels ?

ARNAUD : Dans la prochaine version de Locomote, il y aura moyen de voter UTILE / PAS UTILE.

MICHAËL : On est plutôt sur un mode tout automatique à la base. On a également des moyens manuels bien à nous : par défaut on accepte tout mais on peut trier ces infos. Mais c’est vrai qu’ à la base il n’y pas trop de pollution.

NLG : Comment marche votre filtre automatique ? C’est de la sémantique ?

MICHAËL : On arrive pas encore à identifier précisément le type de message mais ça nous importe peu. Ce qu’on cherche à identifier c’est la ligne et/ou la station, et ça on y arrive parfaitement. Ensuite on renvoi cette info aux utilisateurs de la ligne en question qui eux peuvent voir d’eux-même ce qu’il se passe.

Ensuite on suit les alertes officielles de la RATP qui nous délivrent une information qui est fiable.

ARNAUD : Donc en croisant les infos officielles et celles des utilisateurs, on arrive à un résultat vraiment complet.

Un anecdote marrante : il y avait un colis suspect à Cité Universitaire. Quelqu’un avait oublié son sac : ils bloquent toutes les lignes et ils envoient les démineurs. Les premiers tweets le mentionnaient vraiment un quart d’heure / vingt minute avant les premières alertes officielles. Et encore ce message n’est pas relayé, il y est juste affiché en gare. Donc si tu es chez toi tu n’est pas au courant. Et puis si tu es sur la ligne, tous les détails ne sont pas diffusés non plus.

Et là sur Twitter, il y a un mec à Cité U qui live-tweet l’événement : « les démineurs sont en train d’arriver » … Du coup si tu le suis tu sais que le métro va repartir dans 5 minutes car les démineurs sont déjà sur place.

Locomote prend en compte ces infos là, il agrège toutes les infos sur la ligne.

NLG : Au delà du live, vous faites des sauvegardes ? Vous utilisez toutes ces données ?

ARNAUD : Pour l’instant nous n’utilisons pas ces données, mais oui on garde tout, pour ne pas être tributaires de la RATP.

NLG : Justement, parlons de la RATP : sujet épineux ! Vous avez déjà des contacts avec eux ?

[rires]

ARNAUD : Oui on a déjà eu et on est toujours en contact avec eux.

NLG : Est-ce que vous êtes au courant de l’histoire d’Olivier Girardot, le développeur qui a eu des problèmes avec la RATP ?

MICHAËL : On connait bien Olivier pour l’avoir rencontré pas mal de fois. Pour recadrer l’histoire : il avait fait un site, incidents-ratp, sur lequel il centralisait des relevés d’incidents du réseau.

La RATP l’avait accusé de deux choses : utiliser le nom RATP et d’envoyer potentiellement de fausses informations, et donc d’engager sa responsabilité pour cela.

Olivier avait dit oui pour le nom de domaine qu’il avait donc transféré à la RATP, mais non pour la seconde accusation : « il est hors de question d’arrêter de collecter des données fournies par les utilisateurs ». La RATP avait répondu « OK, vous nous aviez mal compris, on vous reprochait simplement l’utilisation du nom de la RATP. »

Il y a également eu le cas check my Métro où la RATP avait dit : « vous copiez des éléments copyrightés [qui violent le droit d’auteur du créateur NDLR] : le plan et certaines parties du site mobile. »

 

 

 

En fait, ce qu’on constate, c’est que dans les courriers envoyés par la RATP, tout est amalgamé : les choses copyrightés, avec les choses qui dérangent mais qui ne sont pas nécessairement illégales et qui ne tiendraient pas devant un juge si l’affaire devait en arriver là.

 

 

 

Donc c’est très bien qu’Olivier [qui a développé incidents-ratp, aujourd’hui renommé incidents-transport NDLR] ai continué à faire son site, aujourd’hui ça marche plutôt bien, la v2 est sortie récemment, il a fait évoluer l’application Android.

 

 

Il faut donc faire attention, mais c’est vraiment du bon sens : il est évident que tu fonces dans le mur si tu créé un site qui s’appelle la-ratp-c’est-pourri.com ! C’est dangereux légalement (diffamation, utilisation d’une marque, etc.) et surtout, c’est pas prendre le problème dans le bon sens. Ça ne sert à rien de critiquer, il faut essayer d’apporter des solutions. Il en va de même pour tous les documents et infos protégées disponibles sur le site : plan, infos temps réel, couleur du logo, etc. Il faut savoir prendre ce qui est légament disponible, sans porter atteinte à la propriété de la RATP.

 

 

 

 

De même, si tu fais des statistiques sur les incidents, cela ne va pas nécessairement plaire à la RATP, mais elle n’a pas vraiment son mot à dire. Aujourd’hui on respecte scrupuleusement la loi, on utilise ni le nom ni aucun visuel de la RATP, et on essaye de ne pas se les mettre à dos : on fait pas de statistiques, mais ça nous empêche pas de faire de la remontée temps-réel d’informations.

NLG : Que ressort de vos contacts avec la RATP ?

ARNAUD : Ils sont très lents, et ils n’ont pas la culture pour travailler avec des dév, ni la culture de l’open-data. En interne, on a constaté qu’ils pouvaient manquer de coordination, même si certains services ont envie d’avancer, ils peuvent se faire bloquer par d’autres.
Leur équipement étant très vétuste (et ils le savent), ils essayent de bloquer toutes les informations en externe, les statistiques.

MICHAËL : Ce qu’on a constaté, et ça n’engage que nous, c’est que les services sont très cloisonnés et le service juridique fonctionne très souvent dans son coin. Ce service fait de la veille sur le nom et l’image de la RATP et les applis qui sortent. Ils attaquent sans pour autant se concerter en interne ! Parfois, ce sont même des initiatives internes qui sont bloqués par le service juridique. Donc ils ont beaucoup de mal à communiquer.

NLG : Vous parliez d’Open-data tout à l’heure : Paris s’y est mis, la RATP moins. Vous sentez que ça bouge vraiment au niveau des pouvoirs publics ?

ARNAUD : Clairement oui. Pour les transports c’est un statut très particulier : Entreprise privée à intérêt public. Comme ce ne sont pas des entreprises publiques, elles ne sont pas impactées par l’open-data décidé au niveau gouvernemental.

MICHAËL : Toutes leurs relations sont donc contractuelles. Et comme l’open-data n’a pas été défini dans les contrats, il existe un flou juridique sur le sujet. Et c’est la même chose avec JCDecaux pour les vélibs. Aujourd’hui, dans ce flou juridique en l’absence de clauses contractuelles, les entreprises privées font comme elles l’entendent. Par exemple, JCDecaux fait retirer les applis qui ne leur appartiennent pas et qui indiquent les disponibilités des vélos.

NLG : Donc il n’y aura pas les disponibilités des vélos dans Locomote ?

ARNAUD : Pas pour l’instant. Mais ce n’est de toute façon pas notre priorité.

NLG : C’est pourtant une fonctionnalité demandée par vos utilisateurs (cf. le GetSatisfaction de Locomote)

ARNAUD : Oui, les gens sont habitués aujourd’hui à avoir leur application qui indique ces disponibilités. Mais il y a un très fort historique des applications qui se sont faites retirées du Market par JCDecaux. Tant qu’on a pas eu un accord sur ces sujets-là, on va rester assez frileux et se focaliser sur d’autres villes : aujourd’hui, on a Rennes, avec les disponibilités des vélos et ça marche très bien.

Concernant l’Open-data, il y a la mission gouvernementale Étalab dont j’aimerai parler.
Elle a été créée sur l’impulsion de François Fillon qui a mis à sa tête Séverin Naudet. Avec toute son équipe qu’on connait bien, leur mission c’est d’ouvrir les données au niveau des administrations centrales mais aussi locales. Il sont notamment en charge de data.gouv.fr

Il faut rappeler que la démarche Open-data provient d’une directive Européenne transcrite en droit français par un décret, et qui spécifie (pour simplifier) que les données publiques à caractère non-personnelles doivent être rendues accessibles au public.

NLG : Oui, tu dois parler de la directive INSPIRE.

ARNAUD : Tout à fait. Étalab c’est un projet auquel on croit beaucoup, ils ont compris comment il fallait faire : ils n’attendent pas d’avoir toutes les données bien propres mais ils les libèrent au fur et à mesure.

Mais là encore, les données de la RATP ne sont pas concernées. Mais la mairie de Paris pousse à l’ouverture : aujourd’hui par exemple, ça concerne plein de données dont les bateaux sur les trottoirs, l’emplacement des espaces verts, des poubelles … On peut imaginer pleins d’applications différentes, notamment en ce qui concerne les personnes à mobilité réduite. Tout ça se passe sur Opendata.paris.fr.

Il y a pas mal d’applications intéressantes qui se construisent grâce à ces données, mais le grand public est très demandeur d‘applications liées au transport dans un premier temps.

NLG : Pour revenir un peu à Isokron et faire la liaison avec l’Open-data, qu’utilisez-vous aujourd’hui comme Open-data ?

MICHAËL : Aujourd’hui exclusivement Rennes, avec toutes les données prévisionnelles du transport, qui sont mises à jour régulièrement.On commence à s’interfacer avec leur API temps-réel pour le vélo. C’est à peu près tout aujourd’hui.

Le moteur Isokron tel qu’il a été prévu peut intégrer n’importe quel flux GTFS, qui est un format définit par Google. Du coup on serait capables de s’étendre sur les -environ- 500 villes qui ont leur réseau de transport décrit en GTFS en Open-data. On pourrait citer Los Angeles, San Francisco ou Londres.Aujourd’hui on a pas forcément de débouché mais c’est techniquement possible. Mais en pur Open-data on a que Rennes aujourd’hui en France.

NLG : Répondez sincèrement : l’Open-data pour vous, c’est seulement un moyen d’avoir des données inaccessibles par un autre moyen ou c’est quelque chose qui va vraiment révolutionner le marché ?

MICHAËL : Honnêtement on pourrait avoir ces données autrement. Mais c’est un vrai gain de temps.
Et l’open-data c’est beaucoup plus large que le transport, il ne faut pas se cantonner à ça, et ça fait naitre des projets incroyables, dans le data-journalisme notamment : on peut faire quelque chose de génial avec des données en apparence inutiles.
Ce genre de projet ne peut exister sans l’open-data.

NLG : Au long terme, pensez-vous que l’Open-data soit un prélude à l’Open-government ?

ARNAUD : Pour l’instant je pense qu’il y a des mécanismes internes au gouvernement qui sont plus forts. Ça peut donc donner des vecteurs pour influencer les décideurs.

MICHAËL : Bien entendu des changements vont avoir lieu par ce biais, la question est de savoir combien de temps cela va prendre.

ARNAUD : Pour l’instant, la démarche est opportuniste : l’ouverture de données à Rennes, ça repose sur les efforts d’un mec en particulier et c’est pareil un peu partout : à Londres, au Canada … À Toulouse il manque surement la bonne personne bien placée pour faire avancer le projet.

Et puis l’open-data est pour l’instant axé sur l’accès aux données. Rien que ça, ça prend énormément de temps, et les modèles économiques sont axés autour de ça.

MICHAËL : On a déjà fait une présentation sur l’open-data qui explique la transformation du business-model :

Avant l'open-dataAprès l'Open-dataEncore après l'Open-datacf. la présentation et la vidéo dans leur intégralité

Avec l’Open-data tu as les utilisateurs qui développent pour eux-mêmes : et c’est complétement différent. Le système est axé autour de l’utilisateur et non autour d’une entreprise.
Il va y avoir plein d’applications et celle qui marche le mieux va monter et éventuellement trouver son business-model.

NLG : C’est intéressant ce que tu dis. Les décideurs voient plutôt l’open-data comme « communiste », en caricaturant bien entendu. En tout cas ils ne voient pas la raison de mettre à disposition gratuitement les données qui « leur appartiennent ».
Et toi, tu es en train de me dire que l’open-data est au service du libéralisme ?

[rires]

MICHAËL : Oui c’est une manière de le dire. Je dirai plutôt au service de l’innovation.

Aujourd’hui on essaye de faire la meilleure application, mais si ça se trouve un jour il y en aura une encore mieux et qui sera plébiscitée par la foule. Mais au moins il ne lui aura pas fallu 6 mois pour scraper les PDF de la RATP !

NLG : Parlons de Locomote, votre appli mobile qui permet de prévoir ses déplacements. Elle est disponible sous iPhone, Web et bientôt Android.

ARNAUD : Oui la version Android est bientôt de sortie ! Locomote prend en compte les nouveaux usages via les nouvelles technologies dans le transport. On s’est focalisé tout d’abord sur le calcul d’itinéraires, et sur l’enregistrement de ton trajet, ponctuel ou récurrent. Ce qui nous différencie, ce sont les infos temps-réel, ce dont on a déjà parlé, qui sont données aux utilisateurs ayant enregistré un trajet. Une heure avant chaque trajet, Locomote se met à surveiller les lignes que l’utilisateur va emprunter et remonte en push toutes les infos qui le concerne. Du coup, tu es prévenu en avance des incidents qui peuvent survenir, et utiliser l’application pour trouver un autre trajet. Plus besoin de faire l’effort de consulter l’état du réseau avant de partir.

Donc lors de ton départ tu vas avoir l’évolution du trafic sur ta ligne et savoir si tu dois prévoir un détour ou pas.

NLG : Pour l’instant Locomote est en bêta. Que manque-t-il pour la release finale ?

ARNAUD : Dans quelques jours / semaines (selon le temps de validation d’Apple) nous sortirons la version finale. Nous nous focalisons sur l’ergonomie autour d’une carte et sur l’information en temps-réel.

À l’époque nous nous étions pas mal focalisés sur l’approche serious-gaming pour le signalement de problèmes. Chaque retour d’utilisateur permettait d’engendrer des points. Mais on s’est rendu compte que ce n’était pas nécessairement la bonne approche, et les points vont être mis de coté dans la version finale.

Par contre l’appli sera focalisée sur l’info temps-réel, en essayant de la qualifier notamment. Et l’utilisateur pourra rajouter des infos qui manquent, comme une ligne de bus qui passe à côté de chez lui mais qui n’est pas indiquée.

NLG : On parlait de business-model tout à l’heure. Comment pensez-vous rentabiliser Locomote ?

MICHAËL : On a plusieurs idées en tête mais rappelles-toi que le transporteur peut-être intéressé par notre produit donc on aimerait aujourd’hui travailler avec la RATP ou avec Rennes.

Pour les autres business-model pour l’instant c’est plutôt confidentiel 🙂

NLG : Locomote restera-t-elle toujours gratuite ?

ARNAUD : La base sera toujours gratuite, mais on envisage éventuellement une version Premium, avec connexion à ton calendrier et tes rendez-vous, celui qui est intégré à ton appareil mobile, pour te prévenir à l’avance, pour avoir le temps de prévoir ton trajet. Mais on ne sait pas encore si cela sera payant …

MICHAËL : L’idée est de se dire que tu n’utilises plus Locomote directement mais seulement ton calendrier Google par exemple. Locomote détecte le moyen de transport et le temps nécessaire pour y aller et te préviens 5 ou 10 minutes avant ton départ. On a encore des problèmes à résoudre pour y parvenir, surtout sur iPhone, mais Android fait ça très bien.

NLG : Quelle est votre stratégie multi-plateforme ?

ARNAUD : On cherche les usages dans un premier temps et une fois qu’on les aura identifiés, on s’étendra sur les autres plates-formes mobiles. Android est déjà dans les cartons, comme dit précédemment. En attendant, on prévoit surtout de rendre notre site (locomote.to) compatible avec les navigateurs des mobiles.

NLG : Votre version Web (http://locomote.to) va-t-elle être améliorée ? Pour l’instant on dirait une réplique d’une appli mobile !

MICHAËL : On ne l’a pas pensé comme une réplique de la versions iPhone avec les comptes, les alertes … mais l’appli te propose au contraire entre un et cinq résultats, avec les détails et la carte adaptées à l’écran, même s’il est vrai qu’on peut encore faire des efforts dans ce sens.

Cette version va évoluer avec les nouvelles fonctionnalités que l’on va sortir mais également car elle doit fonctionner avec toutes les plateformes où il n’y aura pas d’appli native : Blackberry, Symbian … Donc ce site doit s’adapter à l’écran de l’utilisateur quel que soit son terminal.

Au niveau technique il est full HTML5 \0/ avec de l’ajax, du CSS3, du gradian, des bords arrondis … Ce site a été conçu dans le cadre du concours Google Chrome lancé il y a un mois et demi et est arrivé premier dans la catégorie utilitaires.

NLG : C’est donc une appli Google Chrome ?

MICHAËL : Oui, présentée sur la home-page du store français [téléchargeable via ce lien NDLR], mais c’est également une appli que tu peux utiliser directement via n’importe quel navigateur et qui est rétro-compatible HTML4.

NLG : Super ! Vous marquez des points auprès des défenseurs de l’Internet Libre 😛
Vous aviez également pris part à StartInParis. Avez-vous participé à d’autres événements ?

ARNAUD : MobileMondays qui est axé applis mobiles. Et pour cet été ça sera plutôt calme.

NLG : Je vais me faire porte-parole en remontant les améliorations demandées par vos utilisateurs (cf. le GetSatisfaction de Locomote).

  • À quand les autres villes ?

ARNAUD : Dès que c’est de l’open-data, avec plaisir. En France pour l’instant il n’y a que Rennes. Mais on s’est engagé récemment lors d’une conférence à Nantes :  dans la semaine où un transporteur français libère ses données, on rajoutera cette ville.

  • NLG : Les perturbations du Transilien ?

MICHAËL : Les perturbations de la SNCF ont été intégrées récemment, même si les infos sont très difficilement récupérables ! Donc toutes les infos n’y sont pas encore, mais on y travaille.

NLG : pour la V1 dans quelques semaines ?

MICHAËL : C’est plutôt dans la todo-list de cet été.

  • NLG : Les spécificités liées au vélos ? Notamment le dénivelé, les sens-interdits pour les vélos différents des voitures ?

ARNAUD : Les problématiques sont très complexes mais d’une manière générale le temps de trajet que l’on calcul est correct. On ne souhaite pas tout refaire nous-même : le projet GéoVélo, basé sur OpenStreetMap s’est saisi de la question et gère les dénivelés, avec le choix entre priorité à la vitesse ou un chemin plus sécurisé … Ils sont très Open-data également, donc on aimerait étudier avec eux la possibilité de se reposer sur leur système pour les itinéraires en vélo..

  • NLG : L’anticipation des grèves et les événements « anticipables » ?

MICHAËL : On est un peu dépendant des infos des transporteurs pour ça, mais pour la dernière grève d’il y a deux mois, on a implémenté toutes les infos dans le système dès la veille, afin que tous les calculs d’itinéraires fait le jour en question prennent en compte les bons horaires.

Typiquement, un cas très Parisien, c’est le RER B, qui est exploité à moitié par la RATP, à moitié par la SNCF : c’est la fameuse « interconnexion » à Gare du Nord. Historiquement,  il y avait même changement de conducteur. Du coup, dès qu’il y a une grève, cette interconnexion n’est plus assurée et les passagers doivent changer de RER à Gare du Nord :le RER s’arrête dans la partie souterraine de la gare et un autre train part dans la partie en « surface » de la gare !. Cette interruption est un classique et en cas de grève notre application gère ça.

  • NLG : Avez-vous prévu des fonctionnalités de transport multimodal ? Du type une connexion avec le réseau des taxis ou du covoiturage ?

ARNAUD : On a déjà rencontré ce genre d’acteur à Paris, avec des problématiques très Parisiennes, sur la prévision des bouchons … c’est très compliqué, et le marché n’est pas très réceptif.
A Paris, le futur c’est le car-sharing et l’Autolib’ et on va voir ce que ça peut donner, mais le projet n’est pas encore suffisamment abouti pour que l’on puisse l’intégrer.

NLG : Concrètement dans Locomote vous voulez l’implémenter ? Il manque peut-être une notion de « prix » dans votre appli ?

ARNAUD : Oui on est parti du principe que tout était gratuit dans un premier temps, que tout le monde avait un pass Navigo. Mais c’est vrai que pour quelqu’un qui n’a pas de pass Navigo ça ne marche pas. Donc il faudrait une option qui prend ça en compte, en effet.
Pour en revenir au car-sharing, ils sont en train de se battre sur la définition des besoins et des business-model.

 

MICHAËL : On a mis un pied dans la porte pour Autolib’, on les a rencontré mais pour l’instant on regarde ce qu’ils font, ils sont au début du projet.

En province, les parkings-relais sont très utilisés, et l’on souhaite ajouter cette fonctionnalité à l’application.

NLG : J’ai vu sur une vidéo sur votre blog que vous parliez de NFC. Y a-t-il une idée de Business-model avec ça ?

ARNAUD : Pour l’instant la technologie n’est pas implémentée sur nos portables. On a plein d’idées autour du sujet mais on préfère ne pas en parler maintenant. Mais l’idée en gros c’est que les utilisateurs voudront payer via l’application qu’ils utilisent tous les jours et en laquelle ils ont déjà confiance. Ce sera un plaisir d’en reparler dans 6 mois / un an !

NLG : Il y a une raison pour laquelle vous avez préféré Gmaps par rapport à OpenStreetMap sur Locomote ?

MICHAËL : Isokron est sur OpenStreetMap mais Locomote est sous Google Maps, pour des raisons historiques : Locomote a été crée dans le cadre du concours Google Chrome. Aujourd’hui on n’a pas vraiment de raison de rebasculer sur OpenStreetMap.

NLG : Isokron tourne via le serveur principal d’OpenStreetMap ou vous avez votre propre serveur ?

MICHAËL : La couche applicative est hébergée chez nous, mais la partie carte provient directement du serveur OpenstreetMap, c’est de l’ajax qui va taper directement dans la base.

NLG : Pour finir, quel sera le futur de Locomote ?

MICHAËL : La version finale, nom de code « rock’n roll » sera disponible dans les semaines à venir. Pour le reste, cela dépend de vous : que voulez-vous voir dans l’appli ? 😉

Merci à Michaël JAVAULT et Arnaud CAVAILHEZ d’Isokron pour cette interview.
Vous pouvez installer Locomote pour Iphone, Locomote pour Google Chrome ou utilisez sa version Web.

 

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