L’interview qui t’en met plein la view #8 : Romain Saillet – OWNI

Nouslesgeeks, vous le savez, on aime partager avec d’autres passionnés ! Aujourd’hui, on s’intéresse donc à Romain Saillet, qui a fait ses premiers pas à la radio puis à découvert le monde merveilleux d’Internet (tout en restant proche de son média de coeur). Après quelques premiers mois chez OWNI, Romain deviendra dans quelques jours un des membres officiels de l’équipe (OWNI) ! On a donc cherché à avoir son avis sur 2-3 questions autour du digital journalisme (entre autres) :

NLG : Peux-tu nous éclairer rapidement sur ton parcours ? Où en es-tu actuellement et quels sont tes projets à courts/moyens termes ?

Romain Saillet : Après un bac ES spé Maths avec une option en Histoire des arts, j’ai intégré une école de commerce pour obtenir une Licence en Marketing et Communication. Puis j’ai intégré SciencesCom, pour un master en journalisme et productions audiovisuelles.

En parallèle de mes études, j’ai toujours souhaité développer des projets et apprendre. J’ai donc commencé par la sonorisation et l’organisation de concerts à 16 ans. J’ai ensuite réalisé mes premiers pas à la radio à 20 ans en produisant une émission culturelle hebdomadaire d’une heure sur l’antenne de Prun’. L’émission s’appelait « Les Temps d’Arts » (j’ai compris à ce moment la difficulté de trouver le nom d’une émission !) dont le concept était de mettre en avant deux évènements nantais pour faire comprendre et partager mon goût pour le spectacle vivant. Au bout de 6 mois, je suis devenu Vice-Président de la radio Prun’ pour une année.

Ensuite je suis parti travailler 6 mois à Paris chez Arte au service de Vidéo à la Demande. J’ai ainsi pu toucher du doigt les enjeux et les problématiques liés à la mise en place d’un nouveau service innovant auprès du public.

Dès mon retour à Nantes, la radio me manquait et je me suis entouré de Mathieu le Gac et Simon Robic pour produire une émission hebdomadaire sur les nouvelles technologies (My Web Generation). Chaque semaine nous choisissons une problématique liée au monde des NTIC et nous en débattons grâce à deux spécialistes invités. Nous allons arriver à une trentaine d’émissions à la fin de l’année, avec deux studios délocalisés en direct : le premier pour l’inauguration de la Cantine Nantaise et le second pour le Web2Day. Je suis très fier de travailler avec Mathieu et Simon et on réfléchit déjà à une nouvelle formule à la rentrée.

L’année 2011 a été riche puisque j’ai aussi eu l’opportunité de travailler 3 mois à temps plein pour le site d’information en ligne OWNI. Mon travail a été de développer un pôle radio avec Julien Goetz. Nous avons d’ailleurs collaboré avec NOVA pour créer La Nuit Sujet : 1 Nuit – 1 Sujet et de nombreux invités. Deux émissions ont été réalisées : le 22 Mars et le 30 Mai. Nous sommes arrivés en première place des Trending Topics France, Montreal et 9ème Mondial. Nous allons travailler avec l’équipe de l’Atelier des Médias sur RFI pour une émission de deux heures autour de la question du Futur. Et beaucoup d’autres projets !

La suite du programme ? J’intègre l’équipe d’OWNI à la fin de mon Master, dans seulement quelques jours et je suis extrêmement flatté de rejoindre cette équipe.

NLG : Tu as donc passé quelques mois chez Owni… pourquoi avoir choisis ce site en particulier ? Et plus généralement, pourquoi avoir choisi d’écrire pour une publication digitale plutôt que pour la presse papier ?

RS : Je me suis dirigé vers OWNI avant tout pour les valeurs que ce site souhaitait diffuser. Une liberté de ton, une équipe jeune, dynamique et surtout un domaine de compétences qui me fascine : les nouvelles technologies. OWNI est un véritable laboratoire dans lequel nous sommes en même temps les souris et les chercheurs.
Internet et les réseaux sociaux ont modifié les codes extrêmement rapidement, sans doute trop rapidement pour de nombreuses rédactions. Pourtant, c’est un outil formidable laissant au journaliste un champ d’action incroyable pour innover et informer. Il faut donc faire des choix, tester, se tromper et recommencer. C’est cette energie qui me pousse, voilà pourquoi j’ai fait ce choix !

NLG :  On parle de plus en plus de la nécessaire liberté de la presse… Penses-tu qu’un webzine offre aux journalistes une plus grande liberté d’expression qu’une publication classique ?

Malheureusement je n’ai pas d’expérience en presse écrite, donc je ne pourrais pas forcément avoir un regard très pertinent sur cette question. Selon moi, ce n’est pas le type de média qui définit sa liberté d’expression, ce sont les choix des équipes qui produisent les contenus. Quand on regarde par exemple le Canard enchainé, on se dit que la presse écrite a encore beaucoup de ressources. Mais je crois que la véritable liberté d’expression n’existe pas. Quoi qu’il arrive nous sommes contraint par un contexte et par un temps donné. C’est d’ailleurs la gestion du temps de plus en plus difficile pour les journalistes qui met en péril la liberté de l’information. Aujourd’hui, les journalistes doivent produire plus, plus rapidement et n’ont souvent plus assez de temps pour traiter le fond des sujets. Je ne sais pas si c’est une forme de censure, en tout cas c’est tout aussi pernicieux.
Venant de la communication, et ayant fait un peu de relations presse, c’est amusant (et en même temps absolument triste) de voir parfois un communiqué de presse repris mot pour mot dans un article. Donc pour répondre à ta question, je ne crois pas que le support du média influence sa liberté d’expression, c’est un contexte global qui influence les rédactions.
Après je te l’accord, Internet est un média qui permet à chacun de prendre la parole et de gérer sa production et sa diffusion sans intermédiaire. Du coup, un très grand nombre d’opinions apparaissent, alors qu’elles n’étaient pas forcément exprimées avant sur les autres médias.

NLG : Owni apparaît justement un « ovni » du journalisme français : selon toi, comment se positionne Owni par rapport aux autres grands noms de l’édition web (Rue89, Mediapart, …) ?

RS : OWNI est arrivé avec une vision du journalisme assez différente des autres pure player : Une rédaction composée de journalistes, de designers et de programmeurs travaillant tous ensemble, afin d’apporter au lecteur une expérience utilisateur unique. OWNI a su aussi se différencier grâce à la mise en pratique du data-journaliste. Wikileaks a été un beau projet pour démontrer le savoir-faire d’OWNI. Mais Rue89 et MédiaPart font un très bon travail aussi, avec leur part de spécificité qui les rend uniques.

NLG : Owni a particulièrement bien couvert les révoltes printanières du monde arabe, révoltes qui ont également mis en avant le rôle des réseaux sociaux, au premier rang desquels Twitter. En tant que journaliste web, que penses-tu du rôle joué par les outils de micro-blogging dans la médiatisation de ce type d’évènements?

RS : C’est amusant que tu me poses cette question parce que Mark Zuckerberg a dit récemment que Facebook n’était ni nécessaire ni suffisant pour faire la révolution. On ne peut pas négliger son importance, et pourtant il est vrai que l’on ne peut pas dire que grâce à Facebook il y a eu la révolution. Je crois que nous avons tous vu ces images de manifestations souvent violentes : on constate très vite que ce ne sont pas des pixels qui y laissent leur vie, ce sont bien des Hommes révoltés qui décident de se battre pour défendre leur droits, parfois jusqu’à la mort.

Et pourtant que se serait-il passé sans les réseaux sociaux ? Pourquoi les manifestants étaient tous avec leur téléphone portable au bout de leur bras, à filmer la moindre scène ? Les réseaux sociaux ont eu un rôle de propagation de l’information. L’infobésité, si caractéristique d’internet, a réussi à être capté par un évènement : les révolutions arabes. Je crois que ces soulèvements successifs ne sont pas un hasard au regard de la viralité de l’information qu’apportent les réseaux sociaux.

NLG : Certains journalistes (web ou non) dénoncent l’utilisation par leurs pairs des médias sociaux comme première source avant investigation… Qu’en penses-tu personnellement ? Quelles sont les limites des médias sociaux en tant que source, à tes yeux ?

RS : Encore une fois, tout est une question de curseur et de choix. Les médias sociaux comme Twitter sont des outils de veille formidables, qu’il faut savoir utiliser et analyser, pour en tirer la substantifique moelle. Je ne crois pas qu’aujourd’hui un journaliste puisse dire qu’il s’informe exclusivement via les médias sociaux. Il existe une telle quantité d’informations autour de nous que c’est une vision extrêmement caricaturale. Je crois que la limite justement des réseaux sociaux est qu’ils ne reflètent pas la richesse des points de vue et de l’ensemble des informations, et c’est presque normal, ce n’est pas ce qu’on leur demande. Les réseaux sociaux sont des outils qu’il faut savoir utiliser sans les sacraliser. C’est un enrichissement pour le travail du journaliste, qui ne doit pas mettre de coté son travail de base : vérifier, recouper, poser des questions et contextualiser.

NLG : Selon de nombreuses personnes, la digitalisation de l’information pourrait mettre en péril les médias classiques, et surtout la presse écrite… Le risque est-il réel selon toi ? Comment vois-tu l’avenir de l’information, à 5 ans, 10 ans ?

RS : Question très délicate. Je crois que la presse écrite a encore très largement sa place dans le paysage médiatique, la question ne se pose pas. Pourtant, c’est un vrai challenge, qu’elle doit traverser pour se renouveler et avancer. Quand on regarde les études, les français accordent une très grande importance à l’information papier, et ont même une grande confiance dans les papiers des journalistes. Cette image est un véritable capital qu’il ne faut pas perdre ! De nombreux journaux ont une réelle volonté de conquérir Internet : Le Monde tente de rester le journal de référence sur Internet avec sa rédaction web intégrée à sa rédaction papier. De son coté, Libération est souvent assez juste dans ses applications iPhone et iPad. Donc on ne peut pas dire que les rédactions papiers restent sur leurs acquis, elles bougent et peuvent frapper très fort !
Pour ce qui est de l’avenir de l’information, c’est difficile de le prédire. Elle sera sans doute partout, propre à la devise ATAWAD des marketeurs (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice).

NLG : Fin Avril, Nicolas Voisin (directeur de la publication d’Owni) a annoncé avoir accepter la proposition du gouvernement de rejoindre le Conseil National du Numérique… Bien qu’il s’en défende, n’y a-t-il pas un risque pour Owni d’être « moins libre » ?

RS : Aucunement. La rédaction d’OWNI est libre et indépendante. L’ensemble des décisions éditoriales se concentre dans la rédaction. Très franchement, ce n’est ni l’intérêt d’OWNI, ni l’intérêt de Nicolas Voisin de créer cette relation. Donc c’est bien normal qu’il s’en défende, puisque ce n’est pas le cas !

NLG :  Toujours en ce qui concerne le CNN (qui vient d’ailleurs de faire ses premières propositions), que penses-tu de cette démarche entreprise par l’état ? Idem pour l’e-G8 dont Nicolas Sarkozy est « à l’origine » ? S’agit-il simplement d’une « opération séduction » à tes yeux ?

RS : Je crois que nos politiques manquent sérieusement de crédibilité sur ces questions. Très peu comprennent les véritables enjeux. Nous avons des politiques à l’air du papier, de la radio voir de la télé, mais absolument pas d’Internet.
Je crois que l’e-G8 a montré à quel point les politiques voulaient instrumentaliser Internet, avec un discours extrêmement négatif. Je trouve ça choquant que Nicolas Sarkozy soit encore à l’air de la « régulation » d’Internet (sans rappeler qu’internet était vecteur de 25% de la croissance Française) et je ne parle même pas des aberrations de la loi Hadopi. Pour ce qui est du CNN, fin Avril, le conseil a publié un communiqué demandant le retrait de la taxe Google, je crois que ça va dans le bon sens, je suis curieux de voir si les propositions vont réellement être entendues par nos politiques. En tout cas, je crois que la clé est d’être force de propositions et de ne pas se laisser bercer par le chant des sirènes.

NLG : Pour terminer, revenons en à ton parcours.. Tu as donc été journaliste durant quelques mois pour Owni, tu t’exprimes plutôt régulièrement sur les réseaux sociaux (notamment Twitter) et tu produit une émission de radio : quel média a ta préférence ?

RS : Je crois que mon média de coeur restera la radio, surtout les directs. J’y retrouve une forme de spontanéité et de proximité qui n’existe dans aucun autre média. La radio a un potentiel incroyable sur Internet, et je pense que nous n’en sommes qu’au début.

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