La France Présidente d’Internet

Nous les Geeks, on est fier de vous annoncer, en exclusivité mondiale, que la France est LA nation de l’Internet.

Vous nous avez cru ? Franchement ? C’est vrai que le sommet mondial de l’Internet (d’où le terme de E-G8 en référence au G8, organe de discussion et de partenariat économique de huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde) a été voulu par le président français, Nicolas Sarkozy, afin de discuter de «l’Internet civilisé».

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Ce G8 nouvelle génération va accueillir les dirigeants d’Amazon, Facebook et Google (mais que !) comme  annoncé par le président de la République via sa page Facebook http://www.facebook.com/nicolassarkozy.
En effet, le 13 mai, il indiquait : « Je me réjouis que de nombreux leaders du monde d’internet aient répondu à l’invitation de la France pour venir débattre d’internet au e-G8 Forum les 24 et 25 mai. Liberté, croissance économique, éducation : sur toutes les questions liées à internet viendront échanger les grands acteurs français et européens ainsi que des figures internationales comme Mark Zuckerberg, Eric Schmidt ou Jeff Bezos. Qu’en pensez-vous? »
Mais alors que le monde se déchire avec les révolutions arables, notre Cyberprésident, souhaite être le président du Web : à quelques encablures de la course aux élections présidentielles de 2012, le message du Président de la République est limpide : Sarkozy est du côté d’Internet. N’oublions pas que jusqu’à maintenant, il n’a en effet cessé de se méfier des cybercriminels comme il les appelle, en voulant réguler le web (Hadopi…).

Cela apparaît quelques jours après le lancement du Conseil National du Numérique à l’Elysée, où, le 27 avril dernier, Nicolas Sarkozy a invité l’ensemble des acteurs de l’Internet à son discours inaugural afin de préparer ce fameux G8. Branle-bas de combat au sein des start ups conviées, qui se croient tout d’un coup écoutées et au centre de la stratégie de la France (mais arrêtez, vous avez toutes été invitées !), de tous ces blogueurs qui ont crus qu’ils allaient être les conseils de la république pour mettre Internet au centre « de tout ».

Oui mais non, ne rêvons pas.

N’oublions pas que cet organe est consultatif. Ses 18 membres qui le représentent font partie des personnalités importantes du monde de l’Internet et de l’économie numérique (vaste sujet…) : on peut donc être sceptique quand à la partialité de ses membres, dont la liste, peut faire rêver, mais ne laisse que peu de place aux start up et autres « acteurs modestes » de l’Internet. Alors oui, ces membres travailleront sur des recommandations, projets ou propositions de textes touchant au secteur du numérique, comme par exemple les dossiers liés à Hadopi, LOPPSI, DADVSI, etc.
Et dire que même NLG a été invité par l’agence H à la présentation privée de la nouvelle campagne de communication d’Hadopi… Où va le monde de l’Internet ? (Non M. Sarkozy, promis, je ne télécharge pas illégalement).

Ce conseil du numérique travaillera donc sur les sujets liés notamment à l’économie d’Internet et sa réglementation, comme par exemple, la très fameuse « taxe Google » qui a fait couler beaucoup d’encre virtuelle, mais semble susciter que peu d’intérêt (ou de compréhension ?) d’une manière générale.

Bref, Hélène, nous a déjà parlé de tout ça, voir Les détails du CNN.

Je souhaite quand même, rien que pour vous et en non exclusivité internationale, vous re-présenter la liste  des membres du CNN, qui, j’en suis sur, vous permettra de vous rendre compte que nous, les petits acteurs du Web, sommes si bien représentés… (SIC) (Désolé pour le doublon, mais je trouve que c’est très représentatif…)

– Gilles Babinet, entrepreneur et investisseur (CaptainDash, MXP4, Eyeka) fondateur de Musiwave
– Patrick Bertrand, Directeur Général de la CEGID, président de l’AFDEL
– Jean-Baptiste Descroix-Vernier, PDG-fondateur de Rentabiliweb
– Giuseppe De Martino, Directeur Juridique de Dailymotion.com, vice-président de l’ASIC
– Frank Esser, PDG de SFR, président de la Fédération Française des Télécoms
– Emmanuel Forest : Directeur Général Délégué de Bouygues Telecom
– Gabrielle Gauthey, Directrice des Relations Institutionnelles d’Alcatel-Lucent
– Pierre Louette, Directeur Exécutif d’Orange
– Daniel Marhely, cofondateur de Deezer.com
– Alexandre Malsch, fondateur de Melty.fr
– François Monboisse, Responsable du développement et des nouvelles technologies de Fnac.com, et président de la FEVAD
– Xavier Niel, fondateur de Free (Sans oublier le minitel Rose qui a fait sa fortune !). D’ailleurs on ne parle pas assez sur NLG du séisme téléphonique qu’il est entrain de créer, suivi par Numéricable, et aujourd’hui même, pas la Poste Mobile.
– Jean-Pierre Remy, PDG de PagesJaunes.fr
– Marie-Laure Sauty de Chalons, PDG d’AuFéminin.com
– Marc Simoncini, fondateur de Meetic.com et Jaina Capital
– Jérôme Stioui, fondateur de Directinet
– Bruno Vanryb, PDG d’Avanquest Software, Président du Collège Éditeurs de logiciels du Syntec Numérique
– Nicolas Voisin, fondateur d’OWNI

Alors, convaincus ? Que des pointures, mais qu’en est-il réellement de la réglementation du web ?

Pour revenir à notre e-G8 (et d’ailleurs, on les entend pas trop les anti-e-G8, elles sont où les manifestations ?? Ce sont des cybermanifestations ?) dès décembre dernier, le président français a fait part de son souhait d’organiser un G8 du Web qui rassemblerait des personnalités politiques, mais surtout les grands acteurs de l’Internet. Mais bon, surtout les politiques. Enfin surtout les gens importants. Enfin pour sa campagne quoi. Des bons contacts en sommes.

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Du coup, entre 800 et 1000 acteurs du web ont donc été conviés à ce rendez-vous baptisé e-G8 (donc oui, arrêtez de vous pavaner, avec votre invitation, vous n’êtes pas le seul !).

Ainsi Eric Schmidt, Mark Zuckerberg entre autres assisteront à ce e-G8 afin de prendre part aux discussions sur «toutes les questions liées à internet». D’après la présentation officielle, l’e-G8 « se concentrera sur l’impact de l’Internet sur l’économie », qui évoque aussi « les questions sociétales et politiques […] : vie privée, propriété intellectuelle, droits de l’homme et démocratisation de et par l’information ».

Le thème du droit d’auteur ne semble donc pas directement abordé. Normal, puisque délicat pour la majorité présidentielle, ce sujet ne devrait néanmoins pas être occulté. Ne devrait pas. Ou pas.

Mais pourquoi tout ça ? Pourquoi tout le monde attend tant de ce forum (il s’agit officiellement d’un forum) nous étions nombreux à attendre une mise à plat des politiques de gouvernance du Net, de respect de la vie privée ou de développement des libertés d’expression et d’information. Mais en réalité, l’orientation est avant tout économique et tournée vers les grands acteurs privés plutôt que vers les internautes, les citoyens lambda en somme. Vous. Moi.
Etonnant me direz vous. C’est la représentation de la volonté affichée par plusieurs gouvernements de mieux maîtriser un média aujourd’hui incontrôlable. Enfin incontrôlable pour leurs politiques. La gestion de la crise provoquée par les révélations Wikileaks  a laissé des cicatrices particulièrement tenaces : tant mieux.

En France, puisque c’est le sujet, c’est M. Kouchner, en voyant l’importance d’Internet dans la guerre en Iran, qui très tôt, a voulu mettre en place cet organe de réflexion, dès le premier trimestre de 2010. Avec plus de 2 milliards d’internautes, le ministre des affaires étrangères ne disait pas encore que le « droit à se connecter » est un droit de l’homme, mais la machine était en marche. Le 3 mai 2010, il profite de la Journée mondiale de la presse pour lancer son nouveau combat : la liberté d’Internet.

Sarkozy est contre. En septembre 2010, il met son veto aux projets Internet de son ministre : « Vous m’avez fait part de votre intention de réunir une conférence internationale consacrée à la liberté d’expression sur Internet. Cette problématique doit être abordée de manière globale ». Le président craint, les « zones de non-droit », propose de « bâtir un Internet civilisé, respectueux des droits de tous ». Kouchner  militait pour défendre les « droits de l’homme » et un Internet « ouvert », Sarkozy lui répond que cette conférence doit être «l’occasion de promouvoir les initiatives de régulation, en particulier la loi Hadopi ».

Sarkozy choisit un Internet fermé, il veut du « contrôle ».

La suite, vous vous en souvenez tous : Bernard Kouchner quitte (de son plein gré ?)  le gouvernement français le 13 novembre.

C’est alors que Sarkozy lance l’idée d’un e-G8. Il essaye d’embarquer son son grand copain Obama. Dans tous les bons coups celui là… il n’est pas conquis, mais valide le principe. Il sait qu’Internet est inévitable. Nous y reviendrons.

Et on en revient aux révolutions arabes, qui outre une modification profonde de la politique mondiale, et de la vie de millions de personnes, agit aussi comme une révolution InternetFacebook et Twitter deviennent les moyens de communication des tunisiens, des algériens dans leurs régimes opprimés. On assiste même le 25 janvier à un appel à la manifestation par les dissidents égyptiens, sur Facebook.

Les médias ne parlent plus que de ça. Facebook, n’est pas un simple réseau social. C’est la force d’un peuple.

La révolution se viralise sur Youtube. On assiste à emballement du monde arabe avec des histoires similaires au Yémen ou en Syrie, et même en Libye.

Dernièrement, des affaires mondiales ont même été relayées en avant première sur Twitter : affaire DSK, Affaire Ben Laden.

Les dirigeants de nos pays ont bien compris qu’une mutation importante est en cours, qu’Internet est plus que puissant.  Barack Obama avait même fait campagne sur Twitter. Serait-ce lui le vrai président de l’Internet ?

Il est d’ailleurs le premier président, non pas noir, mais a lancer une  « diplomatie 2.0 » aidée par… Hillary Clinton, herself.

En effet, bien que Wikileaks ait fait des ravages dans la manière de communiquer dans les hautes sphères, Clinton « femme » encourage la décentralisation : elle prône le SMS plutôt que les télégrammes diplomatiques qui vont aussi vite qu’une carriole sur une autoroute : c’est ce que certains appellent l’open government, avec Smartphones, et réseaux sociaux en plat principal.

Mais est-ce que le e-G8 va faire avance les choses sur le vieux continent ?

N’est ce pas finalement uniquement pour rattraper notre retard, et non être en avance, comme on essaye de nous le faire croire ? Pensez vous que nous aurons des bonnes surprises ?

Tout dépend des acteurs de l’e-G8 et des choix qu’ils feront pour leurs interventions…

La seule chose qui me réjouis, c’est que notre Président aura, tout comme Barack « Yes We Can » Obama, sa photo avec les géants du web. A quand mon tour ?

 

Une réflexion sur « La France Présidente d’Internet »

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