HUMEUR : La crédibilité du front anti-hadopi

Le feuilleton Hadopi VS anti-Hadopi prend une nouvelle tournure ces jours-ci. Une tournure guerrière.

Tout commence cette semaine avec l’attaque DDoS lancée par un groupe de scripts-kiddies contre la SACEM américaine : la RIAA, mais aussi la MPAA et la société AiPlex. Pour rappel une attaque par déni de service (DDoS) consiste à envoyer un nombre très important de requêtes à un serveur afin de le saturer et le rendre ainsi inaccessible. La technique classique consiste à prendre le contrôle d’un grand nombre de PC « zombies » afin d’envoyer ce nombre important de requêtes.

La nouveauté de la dernière attaque est d’associer plusieurs millions de personnes « réelles ». Chacun peut en effet télécharger un petit soft puis désigner un site, au hasard riaa.com, et une heure de déclenchement.

4chan, le site sur lequel se sont coordonnées les attaques, vient donc de faire démonstration de sa force de frappe.
Il ne compte pas s’arrêter là puisqu’il souhaite lancer une attaque sur Hadopi.fr le jour de sa sortie. Aucun doute que de pareilles actions seront réitérées dans le futur.

J’ai la nette impression que ce véritable acte de guerre serait contre-productif. Combattre la loi Hadopi est bien une nécessité, puisque c’est une dangereuse et mauvaise réponse à un faux problème. Mais le faire en sortant du cadre démocratique discréditerait l’ensemble du mouvement anti-Hadopi.

En effet, créer de la cyber-insécurité sur Internet pour le Ministère de la Culture ne ferait que lui donner des arguments sécuritaires (combien de temps avant d’être qualifiés de terroristes ?) et renforcer l’appétit des politiciens pour le contrôle d’Internet. Et cela-même sans une réelle efficacité : qui se soucie que le site Hadopi.fr ne soit plus en ligne quelques jours ?

Je comprends le désarroi de certains face à la position inflexible des majors et des politiques durant ces 8 dernières années, et leur envie de faire entendre leur voix par des moyens plus belliqueux, mais j’ai la conviction que d’autres possibilités efficaces s’offrent à nous.

Par exemple, l’efficacité de La Quadrature du net n’est plus a prouver. Cette association a maintes fois prouvé sa capacité d’influence auprès des politiciens, notamment lors de la saga Hadopi. Récemment encore, avec l’aide d’autres associations hacktivistes, elle a déjoué une tentative de manipulation au Parlement Européen.

C’est pourquoi je ne peux que vous encourager à participer aux actions de la Quadrature et à vous impliquer plus largement dans cette bataille. Mais pas en prenant les armes. Il en va de notre crédibilité à tous.

13 réflexions sur “ HUMEUR : La crédibilité du front anti-hadopi ”

        1. Bon ok j’accepte mais seulement si vous acceptez tous de me RT quand je bosserai au ministère !
          « ♥ Hadopi 4ever / la pédagogie est mon métier et ma passion / don’t be evil est ma devise / RT plz »
          😀

  1. L’efficacité de la QDN n’est effectivement plus à prouver. Mais je crains que leur action ne suffise pas. La qdn ne représente en effet qu’une petite partie assez élitiste (dans le sens pas négatif) de la communauté geek.

    Et même si leur travail est extrèmement qualitatif, le ralliement de la masse à ses causes sera je pense nécessaire. maintenant vient la question du comment.

    Je pense que la désobéissance est une bonne option. Mais elle nécessite certaines conditions. Il ne s’agit pas seulement de désobéir pour son intérêt perso. inspirons nous de ce que faisait gandhi contre les colons.

    Un des concepts fondateurs de la désobéissance civile selon Gandhi était que les désobéissants acceptaient la prison car s’ils refusaient certains aspects de la loi, ils n’en refu­saient pas pour autant l’état de droit. De plus, C’était aussi une preuve de modestie que d’accepter finalement que l’on puisse s’être trompé de lutte (et que l’on mérite donc la prison).

    On est loin de la lâcheté d’une attaque ddos par une armée de gus planqués derrières leurs vpn…

    C’est ce genre de techniques qu’il faudra utiliser dans nos luttes numériques : montrer à l’ennemi et au grand public que notre cause est tellement juste à nos yeux que nous assumons jusqu’au bout notre lutte, dans la victoire mais sur tout dans l’échec.

    Sans cela, nous paraitrons toujours comme de simples gus dans des garages, immatures et irresponsables. Voire encore de terroristes si la propagande officielle fait bien son boulot.

    1. Stan, j’aime toujours autant tes réponses, tu as vraiment de bonnes analyses/réflexions; voir c’est le commentaire qui m’a le plus apporté depuis le lancement de ce blog.

      Si je comprends bien, tu prônes la désobéissance civile ?

      Greenpeace sait bien gérer ce type d’actions : ils savent prendre des risques (pénaux et physiques) et en assument les conséquences. Ils connaissent également le poids des symboles (planter un drapeau en haut d’une cheminée de centrale nucléaire marque indéniablement les esprits). Mais eux ont des vrais moyens et une organisation importante.

      L’exemple de Gandhi et de Greenpeace posent le problème de la transposition vers un combat « virtuel ».
      En effet quels moyens de désobéissance civile pouvons-nous utiliser pour :
      1.fédérer des geeks qui par définition ne bougeront pas IRL (cf. l’échec de la manifestation anti-hadopi à Paris)
      2.ne pas déraper vers des actions extrêmes type DDoS
      3.être plus efficaces médiatiquement et politiquement

      1. Merci pour ce feedback.

        Clairement, le pouvoir et les médias mainstream sont autistes et ne sont pas en posture de favoriser un dialogue constructif. Les quelques exceptions qui comprennent le truc (Lionel Tardy, Alain Lambert etc ) ne suffiront pas hélas à faire pencher la balance (ou alors dans 10 ans quand ce sera trop tard).

        Dans ces circonstances, oui, plus le temps passe plus je me dis que la désobéissance civile est une des seules voies d’action qu’il nous reste pour gagner les luttes qui arrivent (numériques, mais pas que)… Elle a l’avantage d’être très marquante médiatiquement et très efficace rhétoriquement car l’adversaire est souvent pris de court par ce type de démarche a priori insensée.

        Les difficultés que tu pointes sont néanmoins très justes. Il faudra déborder d’imagination pour trouver les leviers d’action appropriés.

        j’y reviendrai je pense prochainement sur mon blog… 😉

        1. Stan,
          Que les médias ne s’intéressent pas à notre combat n’est pas étonnant, vu la nouveauté et la complexité du sujet, et donc la difficulté de l’expliquer au grand public. C’est à nous de parvenir à le vulgariser, comme y sont parvenus les écolos.

          Par contre contrairement à toi je pense qu’il ne sera pas trop tard dans 10 ans : comme l’expliquait avec justesse Benjamin Bayart par la phrase « L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet lui permettra d’écrire », le combat EST GAGNÉ D’AVANCE.

          La question est juste de savoir si cela sera dans 10 ans ou dans 50/100 ans.
          Il nous faut donc gagner cette manche si nous voulons préserver un Internet libre AUJOURD’HUI.

          Mais au delà des actions de désobéissance civile, je pense qu’il est également important/indispensable de prendre l’initiative pour ne pas subir les événements.

          Par exemple l’invention d’Internet est en elle-même une initiative incroyablement libertaire : un réseau totalement décentralisé donc très difficilement contrôlable : les politiciens n’y parviennent toujours pas, 50 ans après son invention !

          Á nous d’inventer les outils techniques « incontrôlables » de demain, ce que nous savons faire, nous les geeks.
          Firefox a par exemple libéré le Web de l’emprise de Microsoft, mais cela ne suffit plus aujourd’hui.
          Le projet Drumbeat de Mozilla (http://www.drumbeat.org) essaye d’apporter un élément de réponse pour le futur, mais bien entendu d’autres acteurs s’y attèlent également.

          Qu’en penses-tu / en pensez-vous ?

  2. Bonjour,

    Je partage ton analyse. Des DDoS sur le site Hadopi & co ne peuvent être qu’un défouloir et auraient plutôt tendance à apporter de l’eau au moulin des ayants-droit, dans un amalgame pirates/P2P/crackers/opposants à la loi qui, en fait, n’arrange qu’eux.

  3. @Florian (je répond ici sinon on va plus rien lire du tout 😉

    Oui la victoire est théoriquement déjà acquise mais le risque de dictature 2.0 à court/moyen long terme n’en est pas moins exclu.

    Le probleme étant que les anonymous ou autres ligues odebi risquent paradoxalement de nous précipiter dans une défaite à court terme en décrédibilisant notre lutte.

    Après, tu as raison, la désobéissance civile que je suggère n’est qu’une voie parmi d’autre pour agir. On aura aussi besoin de développeurs pour créer des techno subversives, des médias innovants pour évangéliser etc. mais ces actions là ne seront jamais que l’action d’une minorité, tandis que la désobéissance civile peut potentiellement reveiller la foule.

    Mais bon, l’important est que chacun apporte sa pierre à l’édifice de sa manière… et de manière responsable 😉

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